LA CECITE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

● La cécité

 

Le terme du latin «caecus», qui veut dire aveugle.

La cécité est donc «l´état d´une personne aveugle».

L´aveugle, au sens strict, est une personne privée de ses yeux et par voie de conséquence est privé de la vue.

Or, à ce sens strict de privation totale, on fait correspondre une privation partielle. Dans le sens réglementaire français, la cécité commence dès que l´acuité est inférieure à 1/20. Il peut donc aussi bien s´agir de sujets aveugles, au sens strict (n´ayant aucune perception visuelle), que de sujets ne pouvant être considérés ni comme des aveugles, car ils ont une acuité chiffrable et un potentiel visuel, ni comme des malvoyants, car cette acuité est inférieure à 1/20.cette ambiguïté fondamentale, du terme, cécité, existe tant au niveau réglementaire qu´au niveau social. Toute personne, si elle n´est pas particulièrement avertie en matière de déficience visuelle, utilise les termes «cécité» et «aveugle» au maximum de leur ambiguïté. Les notions de malvoyance ou d´amblyopie sont des notions peu connues. Pour un public non averti, on est voyant ou aveugle, un aveugle est un handicapé de la vue, sans précision sur la nature et la gravité de la déficience et du handicap. Nombre de malvoyants sont considérés par leur entourage comme étant aveugles.

Une meilleure connaissance de la vision en terme ophtalmologique, neurophysiologique et fonctionnel a amené les professionnels à préciser que l’on entend par cécité, l´absence de possibilités visuelles au sens strict : ne pas, ou ne plus, avoir de potentiel visuel.


 

 

● Atteinte de la vision centrale

 

Premier grand type de malvoyance et le mieux connu. Il s´agit des cas où l´atteinte visuelle concerne la partie centrale de la rétine. Les cellules regroupées à cet endroit de la rétine permettent la vision des formes et des couleurs, mais surtout ont un très grand pouvoir discriminant. Ce sont elles qui rendent possible la vision des détails. Avoir une atteinte de cette partie de la rétine suppose donc une réduction importante de l´acuité visuelle. Les sujets dans ce cas décrivent une tache au niveau du point de fixation visuel, plus ou moins étendue en fonction de la taille de l´atteinte centrale de la rétine. Cette tache n´est évidemment pas contournable. Bouger l´œil et changer le point de fixation correspond à déplacer la tache vers le nouveau point fixé. L´œil bouge, mais la gêne visuelle suit.

Pour ces sujets le handicap va concerner la vision de près et l´ensemble des activités nécessitant un contrôle visuel précis. Au premier rang d´entre-elles la lecture et le contrôle visuel de l´écriture vont être rendus difficiles ou impossibles. Ils vont conserver une bonne perception de l´espace, des grandes formes et du mouvement. De ce fait, hormis dans les zones de fort encombrement, ils pourront continuer à circuler et se déplacer. En revanche il leur sera difficile ou impossible de lire de près des caractères de taille normale (dactylographique, d´imprimerie ou de journaux), ou de plus loin des caractères un peu plus grands (le nom d´une rue, le numéro de quai d´un train...)



 

 

 


 

● Atteinte de la vision périphérique

 

Deuxième catégorie de malvoyance à l´opposé de la précédente. Dans ce cas, ce n´est plus la vision centrale et l´acuité visuelle qui sont atteintes, mais le champ périphérique. Le sujet n’a plus de perception visuelle possible ou la qualité est insuffisante, autour du point de fixation. Au contraire leur champ visuel se rétrécit jusqu´à devenir tubulaire. Ils conservent une acuité correcte, la zone maculaire de la rétine n´étant pas atteinte, mais ils ne voient que ce qu´ils fixent et plus rien autour, ou presque, comme lorsque l´on regarde dans un tube. Il leur est possible de regarder à côté du précédent point de fixation, s´ils déplacent leur regard, mais alors ils ne perçoivent plus ce qui était précédemment fixé.

Le handicap conséquent de ce type d´atteinte périphérique, à la suite par exemple de certaines formes de rétinite pigmentaire, est particulièrement invalidant mais aussi difficilement compréhensible d´emblée par l´entourage. Les sujets conservent des capacités de lecture, mais il leur faut, pour lire efficacement, que la taille des caractères soit suffisamment réduite pour ne pas dépasser la largeur de leur champ visuel. Ainsi, il leur est parfois plus aisé de lire des caractères de journaux que les manchettes de ces mêmes journaux, une notice qu´un placard publicitaire, un dictionnaire qu´un plan de ville. Si l’on vient à grossir un texte on accroître d´autant leurs difficultés.

Ces sujets ont besoin d´une quantité de lumière plus importante que la moyenne. Dans l´obscurité et en vision nocturne le handicap peut être plus important, ou dans certains cas, total.

Ils sont extrêmement gênés pour se déplacer. Leur champ visuel réduit à quelques degrés, leur permet de pointer précisément des éléments de l´espace environnant, mais de manière isolée, morcelée, (puzzle dont chaque pièce est perçue isolément sans visualiser l’ensemble de l´image). A l´arrêt ils peuvent percevoir et lire des informations de petite taille, en dynamique (pour se déplacer ou suivre visuellement un ou plusieurs déplacements d´objets, de voitures, de passants...), l´étroitesse de leur champ de vision limite leur efficience et leur autonomie.

 

 

 

 

 


 

● La vision floue

 

Troisième forme de déficience visuelle : vision globalement floue.

La vision des sujets ressemble à celle que l´on peut avoir à travers un verre dépoli. La lumière passe toujours mais comme à travers un milieu opacifié qui la diffuse. La source lumineuse, au lieu de se réfléchir précisément sur la rétine, se diffuse et ses contours s´atténuent.

La perception de l´environnement est une perception de forme, de masse, d´ombres et de lumières aux limites d´autant plus mal définies que la déficience est importante.

Les contrastes, les distances et les reliefs deviennent difficiles à apprécier de près, et surtout de loin. L´environnement se fond dans une imprécision faite autant d´atténuations des formes, des couleurs et des aspects saillants, que de confusions.

Plus rien ne ressort, n´attire l´œil, que des formes et des lumières plus ou moins vives, dans les cas les plus graves. La motivation à regarder n´est plus qu´utilitaire : pour s´orienter, pour analyser des formes et tenter d´y reconnaître un objet, une direction ou un danger.

Le plaisir de voir est très limité si ce n´est inexistant. Les sujets qui avaient auparavant une vision normale, soulignent souvent cette impression de percevoir un espace neutre, froid et approximatif, d´où peut surgir un danger, mais qui ne procure pas ou plus de plaisir.

Les lettres, les petits détails ne sont plus ou mal perçus, et les grandes formes, estompées ou déformées selon l´éclairage et les reflets. En effet, la diffusion de la lumière dans l´œil et sur la rétine la rend rapidement gênante. Pour ces patients, une forte luminosité est «aveuglante» alors que pour un voyant elle est supportée voire adaptée. On dit qu´ils sont photophobes, ce qui signifie que leur tolérance à la lumière est inférieure à la normale. Le soleil de face, des phares de voiture, le reflet d´une vitrine, les privent momentanément de vision et provoquent des réactions d´évitement et de malaise physique. Réactions que l'on a tous vécues lors d´éblouissements violents.

 

 

 

 

 

● Les atteintes visuelles d'origine cérébrale

 

Les capacités de réaction et d'adaptation du cerveau humain à un traumatisme, comme son mode de traitement des informations sensorielles, sont complexes.

Dans un assez grand nombre de cas, l'atteinte cérébrale ne provoque pas seulement des troubles de la vision, mais aussi des perturbations neuropsychologiques : troubles de l'attention, de la mémoire, du comportement.

 

Il est possible de recenser de manière simple et donc nécessairement réductrice, les principaux types de troubles neurovisuels que ces atteintes peuvent provoquer :

La cécité corticale (ou cécité occipitale), conduit les sujets à se comporter comme des aveugles, en l'absence de lésion de l'œil ou des voies optiques. Etat généralement transitoire (juste après le traumatisme), suivi d'une récupération, de l'utilisation consciente du potentiel visuel.

 

l'agnosie visuelle « trouble de la reconnaissance des éléments du monde extérieur en l'absence de toute perturbation sensorielle élémentaire». Le sujet agnosique peut trouver et utiliser un objet de manière spontanée, mais ne peut pas sur ordre le reconnaître à partir de la simple information visuelle. Incapable de trouver visuellement une clé qu'on lui dit être posée sur la table, il peut l'identifier après l'avoir touchée et l'utiliser pour ouvrir une porte. Il a besoin de se servir d'une autre modalité sensorielle pour traiter des informations vues, l'utilisation consciente du canal visuel étant perturbée.

 

Les négligences visuo-spatiales impossibilité de réagir, s'orienter, rendre compte de stimuli présentés dans l'hémi-espace controlatéral à la lésion hémisphérique». Le traitement et la recherche ordonnée des informations visuelles n'est plus possible du côté opposé à celui de la lésion. On observe que dans la plupart des cas, il s'agit de conséquences de lésions hémisphériques droites. Pour ces patients, ce qui se trouve à leur gauche n'existe plus ou n'est plus pris en compte. Ils ne voient ou ne font attention, par exemple, qu'à la partie droite d'une affiche placée devant eux, ne mangent que ce qui est dans la moitié droite de leur assiette, ont tendance à ne lire que la partie droite d'un texte et ont, par conséquent, des difficultés de retour à la ligne.

Pour ces sujets, une rééducation est nécessaire . Les amener à prendre conscience de cette hémi-négligence généralement ignorée et d'autre part les habituer à suppléer consciemment à leur trouble, par exemple grâce à une verbalisation répétée de la consigne : «Regardez à gauche !» (autant de fois qu'il faut au début de la rééducation, de façon à amener le sujet à y parvenir sans renforcement).

 

Les autres troubles neurovisuels regroupent un ensemble de pathologies diverses pour lesquelles l'acte de regarder est perturbé et/ou le traitement spatial d’une information ou d’un mouvement est inefficace.

Le regard est fixe, sa commande volontaire défectueuse ou le champ d'attention visuelle est réduit de manière concentrique (sans que la rétine périphérique soit lésée) et ne permet la perception que d'un objet unique par fixation, quelle que soit la taille de l'objet fixé. (Il s'agit du syndrome de BALINT.

 

 

 

 

● Classification Cécité et Malvoyance

La Classification Internationale des Handicaps codifie les principales formes d'atteintes visuelles, provoquées par une déficience de l'acuité visuelle de l'un ou des deux yeux, une déficience du champ visuel, une atteinte des structures annexes de la fonction visuelle ou par une lésion cérébrale générant des troubles neuro-visuels.

Cinq catégories retenus en fonction de l’acuité et du champ visuel, permettent de différencier les deux notions classiques :

         La cécité, qui correspond à une acuité visuelle du meilleur œil avec correction, au maximum inférieur à 1/20 (0,05), ou à un champ visuel inférieur à 10 ° quelle que soit l'acuité visuelle.

         L'amblyopie, (ou malvoyance), correspond à une acuité visuelle inférieure à 3/10 (0,3), mais égale ou supérieure à 1/20 (0,05) du meilleur œil avec correction.

Par ailleurs, l'OMS (Bangkok 1992) défini le malvoyant comme étant une personne présentant une déficience visuelle même après traitement et/ou meilleure correction optique dont l'acuité visuelle est comprise entre 6/8 (0,3) et la perception de la lumière, ou dont le champ visuel est inférieur à 10 autour du point de fixation, mais qui utilise -ou est potentiellement capable d'utiliser- sa vue pour planifier et/ou exécuter une tâche.

En France, on définit comme :

              Cécité complète(2) lorsqu'il y a une absence totale de perception de   lumière, (ce qui correspond à la catégorie 5 de la CIM-10),

          Quasi-cécité(2) quand l'acuité visuelle est égale ou inférieure à 1/20 d'un œil, celle de l'autre étant inférieure à 1/20, avec déficience des champs visuels périphériques lorsque le champ visuel n'excède pas 20° dans le secteur le plus étendu,

           Cécité professionnelle(2), quand l'acuité visuelle du meilleur œil après correction est inférieure ou égale à 1/20, ou dont le champ visuel est inférieur à 20° dans son secteur le plus étendu, (ce qui correspond à la catégorie 3 de la CIM-10).

La mention Cécité(1) sera apposée sur une carte d'invalidité pour les personnes dont la vision est nulle ou inférieure à 1/20 de la normale.

La mention Canne blanche(1) sera apposée sur une carte d'invalidité pour les personnes dont la vision est au plus égale à 1/10 de la normale.

 

 

Sources :
(1) Article 174 du Code de l'aide sociale (loi du 30 juin 1975),
(2) Guide barème pour l'évaluation des déficiences et incapacités des personnes handicapées. Décrets n° 93-1216 et 93-1217 du 4 novembre 1993 et le décret n°77-1549 du 31 décembre 1977
Classification Internationale des Handicaps : Déficiences, Incapacités, désavantages. OMS, CTNERHI/INSERM 1998

 

 

 

 

 

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